18.03.2008
Le Barbier de Séville : présentation
• Comédie de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, présentée pour la 1ère fois le 23 février 1775 dans une version en cinq actes (échec). Reprise le 26 février 1775 dans une version abrégée en quatre actes (succès).
• Sujet : « Un vieillard amoureux prétend épouser demain sa pupille ; un jeune amant plus adroit le prévient, et ce jour même en fait sa femme à la barbe et dans la maison même du tuteur ». [Sujet e par Beaumarchais dans sa « Lettre modérée » - préface de l’édition du Barbier de Séville-]
• Le schéma narratif de la comédie suit 3 étapes, propres au déroulement d’une pièce de théâtre :
- Nœud : (= partie centrale de la pièce). Précise les obstacles que les personnages ont à surmonter pour atteindre leurs objectifs. Il met en œuvre l’enchaînement des évènements, les retournements de situation (ou péripéties).
- Dénouement : (= fin de la pièce). Présente l’aboutissement de l’action, résout le conflit et fixe le sort des différents personnages.
Remarques :
- La scène 2 de l’acte I ne figure pas dans le tableau. Elle ne participe pas de la progression de l’intrigue. Son intérêt est de présenter les relations qui unissent le Comte et Figaro, en évoquant un passé qui leur est commun.
- Le nœud : on remarque un principe d’alternance de victoires et défaites de l’un et l’autre camp.
- On remarque l’extrême rapidité du dénouement (2 scènes seulement quand l’exposition s’étend sur tout un acte).
II Les personnages principaux
1°/ Le Comte Almaviva
Cf. Didascalie initiale : « Grand d’Espagne, amant inconnu de Rosine ».
= jeune premier amoureux, dans un emploi traditionnel de la comédie.
Rôle : Fonction du personnage dans l’action.
a Originalité de Beaumarchais = décaler le rôle par rapport à l’emploi.
En principe, amoureux = jeune, beau, sincère et fidèle. S’il est noble, il doit jouer sur scène un rôle conforme à son rang.
Or, ici, il est question du passé libertin du Comte à la Cour de Madrid (I,1 : « Je suis las des conquêtes…). De plus, dans une séduction, ce qui le stimule, c’est la difficulté : « sa passion n’est rien d’autre qu’un désir irrité par la contradiction ». Il ne devient amoureux de Rosine que « parce qu’elle est enfermée » (Lettre modérée). En outre, il croit Rosine mariée mais cherche à la séduire malgré tout capable de jouer avec succès un cavalier ivre ou un jeune bachelier timide.
2°/ Bartholo
Cf. didascalie initiale : « Médecin, tuteur de Rosine ».
= emploi traditionnel de barbon (< Commedia dell’Arte : Pantalone, Balordo…) jaloux, avare, ennemi de toute nouveauté, amoureux égoïste. Possessif à l’excès, il se rend odieux aux spectateurs.
En principe, barbon = vieillard ridicule, stupide et facile à tromper.
Or, ici, Beaumarchais a octroyé à Bartholo une clairvoyance tout à fait originale pour ce type de rôle : « Le tuteur est un peu moins sot que tous ceux qu’on trompe au théâtre », souligne-t-il dans sa Lettre Modérée. Et effectivement, jusqu’au bout Bartholo donne du fil à retordre aux amoureux et à Figaro, se méfiant de tous et déjouant leurs stratagèmes. Mais contrairement à Arnolphe, dans l’Ecole des femmes, Bartholo n’éprouve pas pour sa pupille un amour profond et douloureux. Il est bien normal donc qu’il soit la dupe de l’intrigue.
3°/ Rosine
Cf. didascalie initiale : « Jeune personne d’extraction noble et pupille de Bartholo ».
= seul personnage féminin de la pièce. Emploi traditionnel de l’ingénue à qui l’amour donne de l’esprit.
En principe, ingénue = jeune, timorée, naïve, franche au début puis prend peu à peu des initiatives et agit par elle-même.
Or, ici, dès le début de la comédie elle est habile puisqu’ à la scène 2 de l’acte I, elle fait passer un billet au Comte. Elle n’hésite pas à mentir à Bartholo et cherche par tous les moyens à tromper son tuteur. A tel point qu’un critique dira d’elle qu’elle « a tous les défauts d’une fille mal élevée ». A sa décharge, on peut dire qu’elle est tenue en « esclavage » (I,3) par son tuteur, ce qui en fait une victime innocente.
4°/ Figaro
Cf. didascalie initiale : « Barbier de Séville ».
= Descendant de tous les valets de comédie (Scapin, Mascarille, Arlequin, Trivelin…). Emploi traditionnel de valet.
En principe, le valet de comédie = gai, intelligent, rusé + goût de l’intrigue.
Or, ici, Figaro est doté d’une épaisseur humaine que n’avaient pas ses prédécesseurs : la scène 2 de l’acte I est consacrée à la relation de détaillée de son passé, riche en expérience et en talents (barbier-chirurgien-apothicaire, dramaturge et compositeur de chansons). Il a été valet mais ne l’est plus au début de la comédie : c’est donc spontanément, en homme libre qu’il épouse la cause de son ancien maître. Et conformément au code de la comédie du XVIIIe, c’est lui qui mène l’action, son maître s’en remettant entièrement à lui et lui obéissant aveuglément.
15:47 Publié dans Séquence 5 : Amours comiques, Amours tragiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : introduction, schéma narratif, personnages


