09.03.2008
Molière, Les Femmes savantes
Objectifs de la séance : Réinvestissement des acquis sur la scène d’exposition ; étude d’une scène de théâtre comme lieu de revendications ; mise en parallèle de 2 postures radicalement opposées.
• Comédie en 5 actes et en vers → acte I, scène 1 = scène d’exposition. Discussion entre deux sœurs qui opposent leurs aspirations et, partant, leurs conceptions de la femme. Mais recours à 2 stratégies argumentatives.
a Dans quelle mesure ces deux stratégies argumentatives mettent-elles en opposition deux conceptions de la femme ?
I L’art de la persuasion
Persuader : rechercher à influencer le destinataire par des techniques de séduction et de manipulation qui touchent sa sensibilité et son imagination.
1°/ Le raisonnement d’Armande
• Thème : le rôle de la femme (// la question de son éducation)
Thèse : une femme ne doit pas limiter ses occupations à tenir sa maison et à élever ses enfants mais elle doit consacrer son temps à l’étude.
Arguments : - s’occuper de sa maison et de ses enfants est une tâche vulgaire à laisser aux gens grossiers ;
- il est davantage noble de s’occuper des choses spirituelles ;
- en étudiant, Henriette se montrera digne du modèle de sa mère et de sa famille ;
- l’étude est un doux plaisir
- il faut éviter d’être l’esclave d’un homme ;
- l’étude de la philosophie est une libération : elle évite aux humains de se comporter comme des bêtes.
2°/ Les procédés de persuasion
• Attirer l’attention du destinataire (apostrophe) + présence du registre lyrique (lexique de l’affectif & convocation d’une image touchante : la mère) + rhétorique de la persuasion (exclamation + interjection)
3°/ La position d’Armande
• Armande défend le droit à l’éducation pour une femme = arguments clairs, engagés. Mais importance du rôle de l’implicite : valorisation de sa position // dévalorisation de la position adverse.
II L’art de convaincre
Convaincre : chercher à faire comprendre une thèse à l’aide d’arguments fondés sur la raison.
1°/ Le raisonnement d’Henriette
• Thème : le rôle de la femme (// la question de son éducation)
Thèse : toutes les femmes ne sont pas faites pour l’étude et certaines peuvent trouver le bonheur dans le mariage.
Arguments : - l’esprit d’Armande est certes fait pour l’étude mais ce n’est pas le cas de celui d’Henriette
- on ne peut pas aller contre la nature : il faut donc suivre son instinct ;
- chacune doit suivre sa voie sans chercher à influer sur la décision de l’autre ;
- De la sorte, chacune se montrera digne de leur mère : l’une pour la science et l’autre pour l’aspect matériel.
2°/ Des procédés pour convaincre
• Raisonnement d’Henriette qui s’appuie sur un présupposé tout à fait acceptable : toutes les femmes ne sont pas de la même nature et n’ont pas les mêmes aspirations. Raisonnement fortement construit sur le plan logique : concession ; opposition ; parallélisme de construction.
• Habileté d’Henriette : reprend les arguments de sa sœur et les retourne à son avantage : transformation de procédés de persuasion en procédés pour convaincre. Utilisation de l’image de la mère de manière rationnelle.
3°/ Le registre ironique
Ironie : vise à dénoncer le caractère révoltant ou ridicule d’une situation, d’un discours, d’une conception du monde ou d’un comportement. L’ironie implique une intention moqueuse, un jugement critique. Mais ce jugement s’exprime sous une forme indirecte ou détournée.
• Ironie par antiphrase par l’image de la grandeur de la position d’Armande / bassesse de l’aspiration d’Henriette = habileté d’Henriette. Système de double énonciation : si Armande ne comprend pas que sa sœur se moque d’elle, le spectateur, en revanche, saisit bien toute la distance critique des propos d’Henriette. L’efficacité de ce registre repose donc sur une complicité entre l’auteur et le spectateur.
Conclusion : Position de Molière vis-à-vis de l’éducation des filles : ici, défense d’un rôle traditionnel de la femme. Pour autant, Molière n’est pas hostile à l’éducation des filles : ce qu’il critique – et qui fait l’objet d’une comédie- c’est l’excès, comme toujours.
16:09 Publié dans Séquence 4 : Les femmes aussi ont des idées ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture analytique, scène d'exposition, éducation
02.03.2008
Marivaux, la Dispute (scène 1)
• La Dispute : comédie en un acte et en prose, représentée pour la première fois par les Comédiens Français le 19 octobre 1744.
= scène 1, c’est-à-dire le début de la pièce " scène d’exposition
- fixe le code de la pièce (genre comique ou tragique ; texte en vers ou en prose ; convention ou innovation).
I Une scène d’exposition qui fait problème
1°/ L’annonce d’une comédie ?
" Frontispice qui annonce une comédie mais que cette seule scène ne permet pas d’identifier. Pièce en prose : style de la comédie. Mais au niveau des personnages : « Le Prince » = milieu noble. Or, la comédie, par définition, se doit de mettre en scène des personnages de condition modeste, moyenne. Par définition, la comédie doit susciter le rire. Or ici, Æ comique : dialogue plutôt grave sur un sujet qui l’est tout autant – Qui de l’homme ou de la femme a commis la première inconstance, la première infidélité ?
[ A ce stade de la lecture, si ce n’est la forme d’écriture (prose), rien ne permet d’affirmer qu’on est dans une comédie (on le suppose tout au moins).
2°/ Le cadre spatio-temporel
" Grande imprécision du cadre temporel. Cadre spatial évoqué mais guère plus précis (à la campagne) = Lieu curieux qui ne ressemble à rien de connu (¹ cadre spatial habituel d’une comédie).
3°/ Les personnages
" 4 personnages en présence : 2 muets / 2 qui parlent ; 2 hommes / 2 femmes.
[ Ce que l’on apprend de ces personnages est insuffisant pour suggérer une intrigue possible.
4°/ L’intrigue
" Scène peu éclairante quant à l’intrigue. On ne sait toujours pas de quoi il va s’agir dans les scènes qui vont suivre. La réponse est apportée à la scène suivante.
[ Pièce qui pose problème dès la 1ère scène : rupture avec les conventions du genre + difficultés pour reconnaître la comédie. Critère décisif : dénouement heureux (mais impossible de le savoir déjà).
II Les termes d’un débat
1°/ Visions de la femme
" Portrait de la femme assez succinct : émission de 2 préjugés à propos des femmes sur son absence d’affirmation, son effacement. En fait, le portrait de la femme se construit dans l’implicite par rapport à ce qui est dit des hommes.
2°/ Visions de l’homme
" Portrait-charge des hommes. Opposition morale des 2 sexes : les femmes sont victimes des hommes.
3°/ Une argumentation biaisée
" Hermianne : raisonnement par déduction = di général au particulier. Recours au Syllogisme. Problème : Dans le discours d’Hermianne, les prémisses ne sont pas des vérités générales, admises par tous mais des affirmations infondées qui rendent l’argumentation bancale. = stéréotypes sexistes.
Conclusion : Pièce qui pose problème sur plusieurs plans dès la première scène : problèmes d’identification ; attaque contre les hommes et prise de position pour les femmes. Pièce qui reçut un accueil glacial car très moderne pour l’époque.
20:13 Publié dans Séquence 4 : Les femmes aussi ont des idées ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture analytique, scène d'exposition


