01.03.2008
La Vénus d'Ille : vers une interprétation fantastique
12:50 Publié dans Séquence 2 : Une nouvelle fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fantastique, synthèse
Synthèse de la quatrième journée
Objectifs de la séance : révision de la notion de dénouement + définition du fantastique comme hésitation entre explication rationnelle et l’explication irrationnelle (T. Todorov, Introduction à la littérature fantastique).
• Dernière journée de l’œuvre (qui ne dure en fait que quelques heures) :
→ journée qui tourne autour de la mort inexplicable de M. Alphonse.
→ enquête du narrateur pour trouver une explication rationnelle.
I Un meurtre inexplicable
1°/ La mort d’Alphonse
→ Les conditions de sa mort sont étranges.
" La jeune mariée, présente dans la chambre, est hors d’elle-même, comme si elle avait perdu la raison. Cet état permet de confirmer le jugement du procureur du roi.
2°/ Une énigme policière
→ Le narrateur mène l’enquête. Il suppose qu’Alphonse a été étreint dans un cercle de fer. Mais ce n’est qu’une hypothèse : il ne trouve pas d’explication rationnelle satisfaisante.
" Melle de Puygarrig est témoin du meurtre de son mari. Elle accuse la statue du meurtre de son mari. Mais cette hypothèse n’est pas vraisemblable car il est impossible qu’une statue s’anime. Une telle explication est irrecevable parce qu’irrationnelle. Son témoignage est rapporté par le procureur du Roi, qui ne la croit absolument pas.
" Le muletier aragonais est le principal suspect : il avait un mobile (Alphonse l’avait humilié lors de la partie de jeu de paume et le muletier l’avait menacé) mais il a aussi un alibi (il a passé la nuit à soigner une de ses mules). Finalement, il est innocenté.
II Un dénouement fantastique
1°/ Le surnaturel : une réponse aux questions laissées en suspens
→ Seule l’hypothèse surnaturelle permet d’expliquer la mort d’Alphonse, les traces de pas et les bruits dans la nuit ainsi que la présence de la bague dans la chambre.
2°/ Le surnaturel : une réponse aux faits étranges
→ En admettant le surnaturel, on peut réinterpréter les épisodes antérieurs : la statue serait volontairement tombée sur la jambe de Jean Coll pour se venger du violent coup de pioche qu’il lui avait donné. Elle aurait également rejeté la pierre sur l’apprenti qui lui en avait lui-même jeté une. Elle aurait enfin replié son doigt pour empêcher Alphonse de reprendre sa bague. Si on considère que la statue est douée de sentiments humains, on peut penser que le crime a un mobile. La Vénus aurait alors puni l’époux parjure qui, après lui avoir offert son anneau nuptial, a non seulement voulu lui reprendre mais en plus en a épousé une autre. La jalouse Vénus s’est donc vengée de cet affront.
3°/ Le maintien de l’hésitation
→ L’animation d’une statue est difficilement acceptable dans un monde réel. Le narrateur se dit troublé. Pourtant, il n’ose pas avouer son trouble au procureur : il ne peut décemment pas se contenter de cette explication saugrenue. Le témoignage de la veuve pose problème dans la mesure où elle semble effectivement avoir perdu la raison. Elle a des convulsions et pousse des cris inarticulés. On peut donc difficilement la croire et la justice d’ailleurs n’accepte pas ce témoignage. De même, le témoignage du serviteur laisse toutes les possibilités ouvertes car ce dernier ne semble pas très sûr de lui. Il hésite puis avoue n’avoir prêté aucune attention à la bague d’Alphonse.
Conclusion : Finalement, l’hésitation présente dés le début de la nouvelle ne trouve pas de réponse dans le dénouement. Les deux explications restent possibles et le doute demeure
12:46 Publié dans Séquence 2 : Une nouvelle fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : synthèse
La Vénus d'Ille : le portrait de Vénus
Objectifs de la séance : réinvestissement des acquis de la veille (importance du témoignage à la P1 dans une nouvelle fantastique + procédés d’expression du doute et de l’inquiétude) + montrer que cette première rencontre entre le narrateur et la Vénus annonce déjà le contenu de l’intrigue (indices que seule une relecture attentive permet de décoder).
De « C’était bien une Vénus » à « Un peu mal à mon aise devant cette statue de bronze ».
• De quoi s’agit-il ? = début de l’œuvre, début de la deuxième journée (matin). → Le narrateur découvre (enfin) la Vénus après en avoir entendu parler par le guide (cf incipit) et par son hôte (pdt le souper). De plus, il l’a lui-même très rapidement aperçue avant d’aller se coucher (cf incident de la pierre et des 2 apprentis)
[ Qu’apporte à l’œuvre l’ambiguïté de cette statue ?
I Une statue d’une incroyable beauté
1°/ Une statue conforme à la statuaire antique
→ Une statue qui ressemble à toutes les autres statues de Vénus, datant de la même époque. Description générale de l’attitude de Vénus : évocation du corps dans sa globalité.
Þ Statue conforme à l’art de la statuaire antique mais qui frappe le narrateur par la perfection de sa réalisation technique.
2°/ Une grande beauté
→ D’emblée est évoquée la singularité de la statue, son caractère hors du commun (la suite de la nouvelle tend à le prouver). Statue = perfection esthétique (beauté) + perfection en matière de sensualité. = ~femme plutôt que statue.
II Une statue à « l’air méchante ».
1°/ Un air méchant
→ Le champ lexical de la méchanceté apparaît à partir du moment où le narrateur se met à observer le visage de la statue.
Þ Plus le narrateur détaille les traits de la statue, plus sa méchanceté se confirme.
Statue dangereuse : fin du portrait ~être maléfique (cf suite de l’intrigue).
2°/ Une statue originale
→ Originalité, caractère hors du commun, exceptionnel de la statue indicible. Incapacité du narrateur à mettre des mots sur cette expression particulière
= caractéristique du fantastique.
[Le lecteur pourrait donc facilement croire que la statue a un certain pouvoir.
III La montée de l’inquiétude
1°/ Une statue qui prend vie ?
" Evolution du regard du narrateur : de l’objet d’art à la femme.
2°/ Le point de vue du narrateur
→ Portrait construit en 3 temps = suit le regard du narrateur qui découvre progressivement la Vénus : de la description neutre à l’introspection. Le lecteur a confiance dans le regard du narrateur car c’est un historien (importance du témoignage à la P1 = donnée du fantastique) : si le narrateur ressent un certain malaise face à la statue, le lecteur a toutes les raisons d’y adhérer.
3°/ Le malaise croissant
→ Dépersonnalisation du narrateur qui se dissimule derrière le pronom indéfini « on » = malaise évoqué de façon indirecte. Mais tentative pour réprimer ce malaise : le narrateur est un scientifique et le caractère rationnel des choses doit prévaloir.
Conclusion : Intérêt de cet extrait = 1ère rencontre narrateur/Vénus : celui-ci essaie de porter un regard rationnel sur cet objet d’art mais son malaise est perceptible par le lecteur. Le lien avec l’incipit est très net : les paroles du guide sont ici confirmées et la statue semble douée de vie. Dès cet instant, nous savons que la statue n’est pas une statue ordinaire : annonce l’intrigue à venir = prolepse.
12:21 Publié dans Séquence 2 : Une nouvelle fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture analytique
Synthèse des deuxième et troisième journées
Objectifs de la séance : mise en évidence des caractéristiques d’écriture du fantastique = le témoignage du narrateur (importance de la P1 + expression du doute et de l’inquiétude)
→ étude globale des deuxième et troisième journées ( de « Il était grand jour quand je me réveillai » -2e journée- à « Je m’assoupis à la troisième page » -3e journée-)
I Une intrigue sous le signe du double
1°/ Une Vénus ambiguë
→ 2 champs lexicaux jalonnent le portrait de la Vénus : celui de la beauté et celui de la méchanceté.
" Sur la statue, il y a deux inscriptions et chacune peut recevoir deux interprétations.
[ La statue conserve tout son mystère.
2°/ Les deux bagues
→ La bague qu’Alphonse doit donner à Melle Puygarrig est justement à l’image du mariage : elle a été choisie par sa mère de même que l’épouse a été choisie par le père. C’est un mariage arrangé dont la seule motivation est l’argent. Alphonse, contrairement au narrateur, n’accorde aucune valeur symbolique à cette bague : il n’en voit que la valeur marchande. C’est un mariage sans amour, donc malheureux, qui s’annonce.
→ L’autre bague, l’anneau tout simple qu’Alphonse porte à son doigt, est associé dans son esprit à de bons souvenirs. C’est un gage d’amour qu’une femme lui a donné deux ans auparavant à Paris. Cette bague s’oppose symboliquement à la première d’abord par sa taille et surtout par sa valeur. En effet, cet anneau n’a aucune valeur marchande mais une grande valeur, sinon sentimentale, au moins affective aux yeux d’Alphonse.
3°/ Les deux rivales
→ Melle de Puygarrig, la future épouse et la Vénus. Le narrateur trouve que Melle de Puygarrig ressemble un peu à la Vénus, ce qui montre que les deux femmes sont liées. Selon lui, c’est la Vénus qui est la plus belle, à cause justement de son air méchant qui force l’admiration.
[ Bien qu’ayant quelques points communs, les deux femmes sont nettement opposées. Le thème de la dualité, qui jalonne ces deux journées, laisse présager d’une issue malheureuse à ce mariage arrangé.
II Les transgressions
1°/ Les transgressions du père
→ Dès le début, il associe le mariage à une « bagatelle ». Et c’est M. de Peyrehorade qui choisit de faire la cérémonie un vendredi, jour de Vénus. Le narrateur lui-même s’étonne d’une telle audace. Enfin, au cours du repas de noces, M. de Peyrehorade assure qu’il y a 2 Vénus, ce qui peut provoquer le dépit de la déesse.
2°/ Les transgressions du fils
→ Il apparaît beaucoup plus intéressé par la dot et par le jeu de paume que par sa fiancée, ce qui dénote un grand mépris pour la déesse de la Beauté et de l’Amour, et ce qui choque le narrateur. Il passe sa bague de mariage au doigt de la statue puis il veut la reprendre, ce qui prouve son manque de foi… Mais il est lucide sur sa situation : « Ils m’appelleraient le mari de la statue » et « C’est ma femme, apparemment, puisque je lui ai donné mon anneau »
[ Un certain nombre de provocations et de sacrilèges peuvent expliquer les réactions de Vénus. Ici, le fantastique n’est pas gratuit : il tire sa cohérence (et donc sa force) dans l’économie même du récit et dans l’attitude des personnages.
III La montée du fantastique
1°/ La révélation de M. Alphonse
→ Le marié est vraisemblablement troublé car en enfilant sa bague au doigt de la Vénus, il n’avait pas mesuré l’ampleur de son geste. Le trouble du marié se communique au narrateur. Alphonse prétend avoir vu la statue replier son doigt brusquement. Il est effrayé mais demande au narrateur s’il est possible qu’il y ait une explication rationnelle : a priori, la mécanique pourrait expliquer ce « mouvement » de la statue.
2°/ La réaction du narrateur
→ Dans un premier temps, le narrateur semble adhérer aux propos d’Alphonse. Il ressent l’inquiétude et la peur du jeune marié. Mais c’est à cause du marié lui-même qu’il se reprend (il a trop bu). Très vite, le caractère rationnel de la situation s’impose aux yeux du narrateur : ses doutes s’effacent.
3°/ L’interprétation surnaturelle
→ Le thème du mariage symbolique a déjà été annoncé par Alphonse lui-même, le matin même de son mariage, au moment où il se rend compte qu’il a oublié son anneau. Il ne veut pas envoyer quelqu’un pour aller le chercher car : « D’ailleurs, que penserait-on de ma distraction ? Ils se moqueraient de moi. Ils m’appelleraient le mari de la statue. »
Conclusion :
L’inquiétude et les doutes montent dans ces deux journées et les faits surnaturels semblent se confirmer. Le narrateur lui-même hésite entre une explication rationnelle et une surnaturelle.
12:01 Publié dans Séquence 2 : Une nouvelle fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : synthèse
La Vénus d'Ille : incipit
Objectif de la séance : mise en évidence de l’une des spécificités du fantastique : l’univers réaliste.
" Lecture analytique de l’incipit (révision d’une notion abordée lors de la séquence précédente) : du début jusqu’à « Et sur ce souhait charitable, je m’endormis ».
• De quoi s’agit-il ? → arrivée du narrateur dans la ville d’Ille.
= incipit.
I Un incipit qui remplit son rôle
1°/ Le cadre spatio-temporel
" le lieu : le Canigou ; Ille ; Puygarrig ; Perpignan = dans le Roussillon
" le temps : le soleil déjà couché ; buste de Louis Philippe à la mairie = fin de journée, ~1837
Þ Impression de réalisme.
2°/ Les personnages
" 2 personnages en présence : le narrateur et son guide.
- le narrateur = personnage ; historien venu de Paris
- le guide = témoin de la découverte de la statue
→ Evocation des autres personnages que l’on va retrouver dans la nouvelle :
-M. de Peyrehorade : érudit provincial, passionné d’histoire ; possède la Vénus
- Alphonse : fils de M. de Peurehorade ; va se marier dans quelques jours
- La Vénus : statue de cuivre aussi belle que mystérieuse. Inquiétante ?
3°/ L’action
" Arrivée du narrateur à Ille, petite ville du Roussillon, chez M. de Peyrehorade, à qui il est recommandé par un de ses amis, M. de P.. Une statue plutôt inquiétante vient d’être découverte : elle appartient justement à ce M. de Peyrehorade. Le fils de ce dernier, M. Alphonse, va se marier à une certaine Melle de Puygarrig les jours qui viennent.
Þ Forme originale de cet incipit : dialogue " scène d’exposition.
Þ Début de l’action antérieur à celui de la nouvelle = in medias res. Début particulièrement efficace dans une nouvelle car forme narrative brève " économie. Il s’agit d’en dire suffisamment pour situer l’intrigue mais le + brièvement possible.
II Un début réaliste ?
1°/ Evocation d’un univers réaliste
" Des lieux qui existent.
" Une allusion à l’histoire de France.
" Des personnages réalistes.
2°/ Une remise en cause du réalisme
→ Une Vénus ambiguë : Vénus qui, de prime abord, ne ressemble pas à l’image que l’on a habituellement d’elle. Opposition à la Vierge, qui protège : elle semble porter malheur. Opposition au niveau des couleurs : si la Vierge est blanche, elle est noire (couleur qui peut symboliser le mal dans la tradition chrétienne et donc dans l’imaginaire populaire). Découverte placée sous le signe de la mort : le guide prend la main de la statue pour celle d’un mort. L’incident qui se produit lors de la découverte est de mauvais augure.
→ L’expression de l’inquiétude : L’inquiétude du guide provient du fait qu’il attribue à la statue des émotions et des sentiments humains. A partir de là, la voie du surnaturel est ouverte : le réalisme est donc radicalement remis en cause.
Conclusion :
Incipit efficace tant dans sa forme que dans son contenu et qui illustre, à lui tout seul, l’une des caractéristiques du fantastique : l’intrusion de phénomènes surnaturel dans un univers familier.
11:34 Publié dans Séquence 2 : Une nouvelle fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture analytique, incipit
Synthèse de la première journée
Objectif de la séance : mise en évidence de l’une des spécificités du fantastique : l’univers réaliste.
→ étude globale de la « première journée »
I Un univers réaliste
1°/ Le lieu et le moment de l’action
→ évocation de lieux qui existent réellement + ancrage temporel au XIXe : temps de l’histoire ~temps de l’écriture.
2°/ Des descriptions réalistes
→ Evocation du dîner jusque dans ses moindres détails puisque même le menu est mentionné
→ la chambre à coucher : Description extrêmement détaillée puisque est mentionnée jusqu’à la dimension du lit.
→ l’extrême précision du narrateur en fait un témoin digne de foi.
II Des personnages réalistes
1°/ Le narrateur
→ Le narrateur est considéré comme un hôte de marque d’abord parce qu’il vient de Paris, d’où leur empressement à bien le servir. M. de Peyrehorade l’admire tout particulièrement parce que c’est un érudit, un historien comme lui-même. Narrateur = témoin objectif. Le fait qu’il soit historien est important parce qu’il n’est pas crédule et il ne se laisse pas influencer par les apparences. Il incarne le côté rationnel de la nouvelle. De fait, le lecteur est porté à lui faire confiance car on sait qu’en tant qu’historien il ne va pas modifier les évènements dont il a été le témoin.
2°/ Les Peyrehorade
→ Le narrateur se moque de leur côté excessif
3°/ Les personnages secondaires
→ Un clivage se crée, au sujet de la statue, entre les érudits et ce qui ne le sont pas : les personnages secondaires, gens modestes et peu cultivés, attribuent des pouvoirs maléfiques à la statue. Les érudits, quant à eux, ne voient dans Vénus qu’un objet d’art d’une grande beauté.
III Des faits troublants
1°/ La découverte de la statue
→ D’après le guide, la statue tombe parce qu’elle était instable. Il n’a pas eu le temps de la caler avec un tuileau et elle est tombée. Mais il refuse de voir dans cette chute un simple accident : selon lui, la statue serait méchante et elle serait volontairement tombée sur Jean Coll.
2°/ L’épisode de la pierre
→ Pour l’apprenti ; in ne fait aucun doute que la statue lui a renvoyé la pierre. Le narrateur, quant à lui, propose une explication plus rationnelle : « il était évident que la pierre avait rebondi sur le métal ». Cette explication ne semble pas faire l’ombre d’un doute.
3°/ La montée de l’étrange
→ Les mots qui marquent l’incertitude et le doute sont les plus nombreux dans l’évocation du premier incident. La présence du narrateur permet justement d’apaiser ces doutes et cette inquiétude. En tant que témoin « scientifique » il donne à l’incident une explication rationnelle.
11:10 Publié dans Séquence 2 : Une nouvelle fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : synthèse
La Vénus d'Ille : introduction
I Prosper Mérimée en quelques mots
• 1803 : Naissance de Prosper Mérimée dans un milieu bourgeois.
1825 : parution du Théâtre de Clara Gazul, recueil de 6 pièces que Mérimée fait passer pour celles d’une comédienne espagnole (= mystification)
• A partir de 1829, il fréquente les salons mondains et littéraires où il côtoie Stendhal ainsi que des peintres et des auteurs romantiques comme Eugène Delacroix et Victor Hugo. Dans le même temps, il rédige la Chronique du règne de Charles Quint (récit romancé du massacre de la Saint Barthélemy). Il publie aussi ses 3 premières nouvelles : l’Enlèvement de la redoute ; Tamango et Mateo Falcone.
• Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848 : règne de Louis Philippe – 1848 = IIe République-), il devient Inspecteur Général des Monuments Historiques. Il est chargé de repérer et de protéger le patrimoine national. Il voyage dans toute la France et à l’étranger. De ses voyages, il rapporte des notes qui serviront de cadre à ses nouvelles : de retour d’une inspection dans la région de Draguignan, il écrit la Vénus d’Ille en 1837. D’un voyage en Corse avec Stendhal, il rapporte un récit de vendetta, Colomba en 1840. Une anecdote sur les gitans andalous lui inspire l’un de ses plus grands succès, Carmen (1845), dont Bizet fera un opéra.
1844 : il est élu à l’Académie Française.
• Fidèle à Napoléon III, il fréquente la cour impériale. Nommé sénateur en 1853, il se détourne de l’écriture romanesque mais se consacre à la traduction d’écrivains russes (Pouchkine ; Gogol et Tourgueniev), qu’il fait connaître en France.
23 septembre 1870 : mort de Mérimée.
II La France au temps de Mérimée
• Le mouvement romantique : l’enfance de Mérimée (comme celle de tous les écrivains romantiques) a été bercée par les rêves glorieux de l’épopée napoléonienne, qui s’achève en 1815, avec la défaite de Waterloo.
→ un sentiment d’amertume et de frustration s’empare de tous ces jeunes gens : l’heure n’est plus aux rêves de gloire mais au retour des valeurs morales d’avant la Révolution. La presse est surveillée et la jeunesse a l’impression d’étouffer.
→ De là naît un sentiment de révolte qui s’exprime par le mouvement romantique : il s’agit alors de bouleverser les règles classiques de la poésie et du théâtre.
Dans le genre romanesque, c’est par le roman historique, le fantastique ou l’exotisme que les écrivains romantiques s’évadent du quotidien.
• Le réalisme : Cette révolte prend un tour politique avec la révolution de juillet 1830 qui permet à Louis-Philippe d’Orléans de devenir « roi des Français ». Mais la déception arrive vite car la bourgeoisie « confisque » la révolution et le mouvement romantique s’affaiblit à partir des années 1840. En littérature, les sentiments exaltés font place à la description réaliste de la vie quotidienne. Ex. Balzac, le Père Goriot (1835).
III La figure de Vénus
• Mise au point mythologique : Déesse de l’Amour (en grec = Aphrodite)
→ Elle serait née de l’écume de la mer, près de Cythère (cf. tableau de Botticelli, la Naissance de Vénus). Les mythes évoquent plus prosaïquement une union de Zeus et de Dioné.
→ Elle représente la Vierge, même si elle se marie, et l’éternel féminin. Toujours séduisante, elle attire hommes et dieux, se moquant gentiment d’eux.
→ Vénus épouse le plus laid des dieux, Vulcain (dieu du feu, de la forge et du métal), boiteux et hideux, réalisant une union des contraires. Mais elle ne se prive pas de tromper avec impudence son malheureux époux (entre autres Mars, dieu de la guerre)
→ L’Amour, sous la forme d’Eros (enfant ailé et joufflu) l’accompagne souvent.
• Du récit mythologique à la nouvelle
→ Thème de la statue qui s’anime déjà présent dans le mythe grec de Pygmalion que le poète latin Ovide raconte dans le livre X des Métamorphoses. (= sculpteur amoureux de sa création. Vénus entend sa prière et anime la statue).
→ Influence d’Ovide sur Mérimée. Mais différence majeure : dans la nouvelle, le mythe est inversé. La statue représente Vénus mais c’est l’autre aspect de la déesse qui est mis en valeur, non pas celle qui protège les mariages et les amoureux mais celle qui apporte le désordre et le malheur. Ce n’est plus l’amour qui donne vie à la statue mais la jalousie et le désir de se venger.
→ Henri James, auteur américain de la fin du XIXe siècle, reprend, dans le Dernier des Valerii, à la fois le thème de Pygmalion, par le thème de l’homme amoureux d’une statue, et le contexte de la Vénus d’Ille, par la découverte d’une œuvre d’art et sa rivalité avec une femme réelle.
IV La Vénus d’Ille : entrée dans l’œuvre.
• Rappel : les personnages
→ Nouvelle concentrée autour de cinq personnages majeurs. Lesquels ?
- La Vénus : mentionnée dès le titre, c’est autour d’elle seule que gravitent les quatre autres personnages. Cette statue de l’époque romaine a été trouvée dans un champ appartenant à M. de Peyrehorade. D’emblée présentée sous le signe du gel puisqu’on la trouve sous un olivier gelé. A la fin, lorsqu’elle a été transformée en cloche pour l’église d’Ille, les vignes gèlent aussi. De plus, son visage exprime la méchanceté, la cruauté ce qui est plutôt curieux pour une statue de l’époque antique.
- La narrateur : archéologue, comme Mérimée, il est témoin d’évènements inexplicables. Il réagit en scientifique qui ne croit pas aux phénomènes fantastiques. Pour autant, il ne s’agit pas de Mérimée !!!!!
- M. de Peyrehorade : provincial érudit et accueillant, il vante sans retenue la beauté de « sa » Vénus. Mais il ne sait pas la regarder : il refuse de voir les multiples coïncidences qui présagent de son côté maléfique.
- Alphonse de Peyrehorade : le futur mari de Melle de Puygarrig est bien peu amoureux. Le seul attrait qu’il trouve à ce mariage arrangé est la dot de sa future femme. Il ne s’anime que lorsqu’il joue au jeu de paume. Il est la victime de son geste inconsidéré : en passant son anneau nuptial au doigt de la statue, il en a fait symboliquement sa femme.
- Melle de Puygarrig : Fiancée d’Alphonse de Peyrehorade, elle est sacrifiée à la dure loi des mariages de raison. Unique témoin de la mort d’Alphonse, ses propos ne seront pas pris au sérieux : à cause de son long évanouissement, chacun pense qu’elle a perdu la raison.
10:48 Publié dans Séquence 2 : Une nouvelle fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présentation


