« 2008-04 | Page d'accueil | 2008-05 »

09.05.2008

Molière, Tartuffe

Objectifs de la séance : le portrait au théâtre (réinvestissement des acquis sur le genre) ; les procédés du blâme ; le registre satirique ; étude d’un portrait en 2 temps : critique des faux dévots ; éloge des vrais.

• Orgon a accueilli chez lui Tartuffe, un dévot, qui essaie de diriger la maison. Cléante, beau-frère d’Orgon, essaie de lui ouvrir les yeux sur l’hypocrisie de ce personnage.

→ critique des faux dévots.

Dévot : qui manifeste un zèle extrême pour la religion et les pratiques religieuses.

 I L’hypocrisie en action

Cléante dénonce l’hypocrisie de Tartuffe en matière de religion.

1°/ La place de la religion

Présence du lexique de la religion car aspect essentiel du personnage de Tartuffe.

= évocation de différents aspects de la religion.

2°/ Mais fausseté de cette pratique

Lexique de l’apparence ; du mensonge et du faux.

= lexique du mensonge et lexique de la religion employés dans les mêmes expressions ou de manière simultanée. Dénonciation de la fausseté, du mensonge de la pratique religieuse.

Religion vue principalement comme un moyen de faire fortune et de fréquenter la bonne société. Cf. champ lexical du commerce.

Décalage entre les paroles et les actes des faux dévots ; entre l’être et le paraître.

a Cléante met l’accent sur l’attitude feinte des faux dévots : leur paraître est en totale opposition avec leur être. Hypocrisie ; duplicité.

II Les dangers de la fausse dévotion

Objectif de Cléante en tenant ce discours = mettre en garde Orgon.

Les faux dévots sont dangereux

1°/ D’habiles trompeurs

Faux dévots dangereux car trompeurs : difficile de démêler le vrai du faux.

« francs charlatans »; « trompeuse grimace » ; « abuse »; « se joue ».

= Comme ils sont difficiles à démasquer, tout le monde peut tomber dans leur piège.

2°/ Des dévots menaçants

Dangereux car menaçants < « vindicatifs »  ; « D’autant plus dangereux » + confusion intérêt personnel / intérêt de la religion.

  En proie aux passions humaines condamnables : « fier ressentiment »  ; « âpre colère » 

→ Puissants : « peuvent perdre quelqu’un ».

Gradation : « peuvent perdre quelqu’un » ; « prennent contre nous des armes qu’on révère »  ; « veut nous assassiner d’un fer sacré » 

= & puissance. Réel pouvoir sur ceux qui les écoutent → détournent la religion à leur profit personnel.

Conclusion :

Cléante semble donc avoir mis à jour l’hypocrisie de Tartuffe = portrait-charge. Le personnage de Tartuffe n’est qu’un prétexte : à travers ce personnage, c’est tous les faux dévots que Molière attaque.

Mais Cléante dénonce la fausse dévotion = rien à voir avec les vrais dévots.

« Aucune chose au monde est plus noble et plus belle

Que la sainte ferveur d’un véritable zèle »

Le portrait chinois

Voici un jeu d'écriture qui vous permettra de faire votre portrait d'une façon originale.

Si j'étais ...

·                    Un animal, je serais... 

·                    Un végétal, je serais... 

·                    Un minéral, je serais... 

·                    Une couleur, je serais...

·                    Un objet, je serais...

·                    Un personnage historique/ une célébrité, je serais...

·                    Un monument, je serais...

·                    Une œuvre d'art, je serais...

·                    Une chanson, je serais... 

·                    Un film, je serais...  

·                    Un métier, je serais... 

·                    Une phrase célèbre, je serais... 

·                    Une catastrophe naturelle, je serais... 

·                    Un défaut, je serais...

·                    Une qualité, je serais...  

 

Mme de La Fayette, la Princesse de Clèves

Objectifs de la séance : le portrait dans le roman (réinvestissement des acquis sur le genre narratif) ; le portrait de l’héroïne de roman → portrait idéalisé = éloge.

De « Il parut alors une beauté à la cour » à « et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charme ».

• La Princesse de Clèves (1678) par Mme de La Fayette

→ Intrigue qui se déroule à la Cour d’Henri II (qui ressemble étrangement à celle, raffinée, de Louis XIV, contemporaine de l’auteure et de ses lecteurs).

Œuvre qui a pour thème la passion amoureuse // étude du cœur humain

→ le 1er roman d’analyse de la littérature française.

a Portrait = assurer la conformité du récit à la réalité (l’auteure a consulté des historiens du temps d’Henri II) + étude de la psychologie des êtres.

= Ambition très « réaliste », très novatrice pour l’époque + analytique (également inédite) // volonté de faire une œuvre édifiante, capable d’instruire les dames et les jeunes filles, grandes lectrices de romans au XVIIe (ambition caractéristique de la littérature classique).

C Ambition « réaliste » de Mme de La Fayette n’a rien à voir avec le réalisme balzacien du XIXe !!!

Portrait qui se situe en tout début de roman

→ portrait de Melle de Chartres, future Princesse de Clèves, qui fait son entrée à la Cour d’Henri II.

a En quoi peut-on dire que le portrait de Melle de Chartres fait par l’auteure est un portrait ambigu, qui oscille entre « réalisme » et idéalisation ?

I Un portrait marqué par la volonté de « faire vrai »

Grand souci de précision accordé par Mme de La Fayette pour la peinture de ses personnages. → être fidèle à la réalité le plus possible.

1°/ Références à la généalogie familiale

Dans la société d’Ancien-Régime, importance de l’ascendance noble

→ évoquée dans cet extrait, pour souligner la légitimité de la présence de la jeune fille à la Cour.

Noblesse de l’ascendance < de Chartres. Apparentée au vidame, homme important à la Cour.

Importance renforcée à la même ligne. A la noblesse de la maison de laquelle la jeune fille est issue s’ajoute une autre considération, non-négligeable pour faire la valeur d’un être sous l’Ancien-Régime = considération d’ordre pécuniaire. → Une des plus riches de France : attire nécessairement l’attention (et la convoitise, surtout au moment de son mariage).

a Qualité tellement importante qu’elle est répétée

Son père est mort → orpheline = position délicate pour une jeune fille à cette époque. Placée sous la conduite de sa mère : Mme de Chartres.

a Enfin on sait son nom : Melle de Chartres.

Présentation de sa mère → insistance sur ses qualités car conséquences sur  la suite de l’histoire. - riche : nouvelle insistance car héritage pour la fille

- Vertu : valeur morale (disposition à faire le bien et à fuir le mal)

- Mérite : valeur qui rend une personne digne d’estime.

a Tout cela = extraordinaire c’est-à-dire absolument hors du commun, unique, singulier.

a Importance de ces valeurs car transmissibles à la fille + insistance sur le caractère hors du commun de ces qualités → font de la jeune fille quelqu’un d’exceptionnel.

Le caractère exceptionnel de la jeune fille rend la mère extrêmement difficile quant au choix d’un époux.

→ supériorité de la jeune fille pour plusieurs raisons dont la plus importante est la richesse.

a Rappel de la généalogie de Melle de Chartres = faire d’elle un être exceptionnel

2°/ L’éducation maternelle

Education de Melle de Chartres assurée par sa mère (courant pour les jeunes filles au XVIe) Education effectuée loin de la Cour, loin des perversions et des tentations → éducation physique (beauté = noblesse) ; intellectuelle (esprit=noblesse) + éducation morale (rare chez les jeunes filles de cette époque + goût pour la vertu).

Education singulière pour l’époque : évocation régulière de la galanterie pour mieux prévenir sa fille.

→ éducation fondée sur la sincérité : Mme de Chartres ne tait pas les plaisirs de la galanterie pour mieux convaincre sa fille de son danger.

Préceptes d’éducation de Mme de Chartres = dimension proleptique → histoire du roman.

= efficacité de l’éducation de Melle de Chartres.

a Arrivée de la jeune fille à la Cour : belle + intelligente + riche = qualités inhérentes à son rang (dont la noblesse est rappelée à plusieurs reprises). Mais qualité plus rare : vertueuse. Généalogie familiale + éducation maternelle donnent à l’héroïne la dimension d’un être vivant.

II Mais un portrait qui tend vers l’idéalisation

Malgré un souci d’ancrage historique et de grande précision dans la présentation du personnage, la perfection de la jeune fille est exacerbée, tendant ainsi vers l’idéalisation.

1°/ Un portrait qui manque de précision

Imprécision du lexique visant à rendre compte de sa grâce : qualité physique dans sa globalité ; Æ détail.

Evocation du teint et des cheveux mais blanc et blonds = stéréotypes de la beauté au XVIe. Indices peu éclairants sur le physique de la jeune fille.

Evocation de son visage + personne = encore très  général. Description qui se limite à « grâce » et « charme ». Encore une fois, peu précis.

Grâce : charme, agrément, élégance.

Charme : dans la langue galante, traduction de la fascination de l’amour, la puissance de séduction de l’être aimé → attraits d’une femme.

a Portrait de Melle de Chartres très flou ; emploi d’un vocabulaire abstrait pour dire sa beauté. = Préciosité.

Préciosité : mouvement littéraire qui, au XVIIe, se caractérisait par un goût délibéré de l’artifice et un raffinement extrême du style et de la pensée.

→ vision pure et idéale de l’amour. Exclusion de toute forme de trivialité, recherche (parfois excessive) du raffinement.

2°/ Un objet de fascination

La beauté de la jeune fille suscite une forme de fascination de la part de ceux qui la voient.

= dimension spectaculaire qui attire le regard + reconnaissance universelle.

Evocation du caractère exceptionnel de sa beauté. Surenchère très belle dans un endroit où tous les gens sont beaux. = sublimation, idéalisation.

Puis mise en évidence de la réaction d’un spectateur en particulier : le vidame de Chartres, oncle de la jeune fille, qui est lui-même fasciné par sa grande beauté. Répétition du verbe surprendre 2 fois dans la même phrase.

→ Est surprenant ce qui cause un vif saisissement.

« Avec raison » : intervention de l’auteure qui juge cette réaction en même temps qu’elle la légitime en apportant de nouvelles précisions.

a Mise en valeur de la séduction qu’exerce la beauté du personnage et l’admiration qu’elle provoque.

Séduire : toucher ; fasciner par un puissant attrait.

Conclusion : Tension du portrait entre une aspiration réaliste et une idéalisation du personnage romanesque → mise en valeur de l’héroïne de roman par l’exacerbation de sa beauté. La sublimation l’emporte sur la tentation réaliste.

            Contraste éducation reçue/perfection physique → danger de son apparition à la Cour, qui laisse présager une mise à mal des préceptes moraux qu’elle a reçus. Annonce la suite du roman et les tourments dont son âme sera l’objet.

Toutes les notes