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16.04.2008

On ne badine pas avec l'amour

• 1834 : Alfred de Musset publie, dans la Revue des Deux Mondes, On ne badine pas avec l’amour = pièce en 3 actes et en prose.

→ Pièce qu’il écrit seulement pour la lecture. La Comédie-Française ne recevra la pièce qu’après sa mort (qui survient en 1857) : On ne badine pas avec l’amour ne sera jouée qu’en 1861 mais expurgée de ses passages antireligieux les plus hardis. C’est un succès.

On ne badine pas avec l’amour  = proverbe.

Proverbe : devinette de salon, croquant gaiement en une ou quelques scènes un incident saugrenu de la vie quotidienne. Le proverbe divertit tout en pointant un fait de mœurs.

→ leçon de morale : mise en garde par la fiction théâtrale contre la duplicité et le mensonge + revendication de la sincérité.

I L’auteur : Alfred de Musset

1°/ Sa vie (1810-1857)

Né à Paris en 1810 dans une famille de grande culture.

Brillantes études au lycée Henri IV mais il délaisse rapidement l’université pour les cénacles romantiques → Nodier, Hugo…

Cénacle : réunion de gens de lettres, d’artistes, partageant les mêmes goûts.

1830 : Contes d’Espagne et d’Italie.

Liaison orageuse et intense avec la romancière George Sand → maturité à son génie.

Epreuve bouleversante de la rupture → Lorenzaccio (1834) ; la Confession d’un enfant du siècle (roman grandement inspiré de sa vie) + les 4 poèmes des Nuits (1835-37).

Incapable de surmonter définitivement cette crise existentielle, Musset, à 28 ans, a déjà donné le meilleur de lui-même. Malgré quelques succès encore au théâtre et son élection à l’Académie-Française en 1852,  il décline doucement dans la solitude et la vieillesse jusqu’à sa mort le 2 mai 1857.

2°/ Son œuvre

Alfred de Musset fait partie de ces génies qui ont à peu près terminé leur œuvre avant d’avoir 30 ans (comme Chénier, Rimbaud ou Radiguet…)

Romantique ambigu : goût classique + refus de l’engagement politique et social.

→ mélange des genres : Æ unité de lieu mais respect de l’unité de temps et de l’unité d’action.

Ses personnages sont pris dans un réseau de forces qui les dépassent : ils sont conduits inéluctablement vers un destin tragique (~Racine) + pureté de la langue (~Boileau).

Œuvre de Musset = interrogation sur les sentiments humains. Profondeur psychologique → présentation des grandes problématiques de notre temps.

// Héros fragiles car trop lucides mais contemporains.

Dualité de l’œuvre de Musset = entre idéal et sensualité. Mais ≠ monde manichéen où la sensualité est rejetée au profit de l’idéal.

→ mélange des tons, des genres + goût pour les retournements de situation.

II Présentation de l’œuvre

Scènes-clés : 

- le 1er rdv Camille/Perdican : acte II, scène 5

- la bague : acte III, scène 3

- un jeu cruel : acte III, scène 6

- le dénouement : acte III, scène 8

2°/ Le cadre spatio-temporel

Un village de campagne en France, avec le château du seigneur, à une époque monarchique non précisée.

Durée de la pièce : 3 jours (un par acte).

Lieux de la pièce = multiples

a Remise en cause des unités de temps et de lieu.

Remarque sur la structure des scènes : Ce n’est pas l’arrivée d’un nouveau personnage qui marque le passage d’une scène à l’autre (comme dans le théâtre classique) mais la présence d’un ou de plusieurs personnages dans un même lieu.

→ Découpage des scènes en fonction du lieu = tableaux.

3°/ Les personnages

Un trio de jeunes gens :

- Camille : orpheline de 18 ans ; nièce du Baron.

- Perdican : jeune homme de 21 ans ; docteur. Fils du Baron.

= destinés l’un à l’autre.

- Rosette : petite paysanne ; sœur de lait de Camille.

a Déséquilibre de la situation : 2 femmes pour un homme = triangle amoureux → source de l’intrigue.

Un quatuor d’adultes :

 - Le Baron : a décidé le mariage de son fils et de sa nièce.

- Maître Blazius : gouverneur de Perdican.

- Maître Bridaine : curé du village.

= couple symétrique : même identité (« également gros, également sots » -I,3-) → guerre irréductible pour la préférence du Baron et la meilleure place à table.

- Dame Pluche : gouvernante de Camille, sèche dévote (aussi maigre que ce que les 2 autres sont gros).

a Blazius, Bridaine et Pluche = grotesques : à l’origine de la dimension comique de la pièce.

Grotesque : personnage bouffon, caricatural.

+ le Chœur < théâtre grec de l’Antiquité.

III Procédés d’écriture

1°/ Variété des tons

Lyrisme et rhétorique : ex. II, 5 : tirade antireligieuse de Perdican.

Lyrisme : poésie traduisant la force du sentiment qui habite l’auteur et celle de l’élan qui l’anime.

Alternance des scènes graves et grotesques : ex. II, 1 → II, 4 = alternance intrigue amoureuse Camille-Rosette-Perdican / intrigue des grotesques qui relève de la trivialité. Ex. II,1 : adieux des jeunes gens / II,2 : adieux de Bridaine à la table splendide.

2°/ Affrontement verbal

Un langage à double sens : ex. III, 3 : cour de Perdican à Rosette (mais qui s’adresse en fait à Camille qu’il sait cachée, en train de les épier).

Un langage émotif : ex. III, 6 : émotion de Perdican devant l’aveu indirect de l’amour de Camille.

IV Les thèmes

   L’amour : au centre de l’œuvre = nécessaire mais douloureux. Il faut avoir aimé pour accomplir sa destinée : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé » (II,5). Cause de la mort de Rosette : il ne faut pas se mentir ni mentir aux autres sur ses sentiments.

  Le jeu : thème moteur. Dans l’incertitude des passions et l’orgueil des êtres, le jeu sert à clarifier les sentiments. Il se double de cruauté, cruauté des amoureux, cruauté envers Rosette, traitée en instrument. Il est propice à la variété des tons et à l’affrontement verbal.

 Le couvent : refuge pour Camille contre l’infidélité des hommes, il est pour Perdican un lieu de mensonges. Ce thème leur permet donc de s’affronter, de confronter leur vision de l’amour, tout en se déclarant leur flamme.

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