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01.03.2008

La Vénus d'Ille : introduction

I Prosper Mérimée en quelques mots

1803 : Naissance de Prosper Mérimée dans un milieu bourgeois.

1825 : parution du Théâtre de Clara Gazul, recueil de 6 pièces que Mérimée fait passer pour celles d’une comédienne espagnole (= mystification)

• A partir de 1829, il fréquente les salons mondains et littéraires où il côtoie Stendhal ainsi que des peintres et des auteurs romantiques comme Eugène Delacroix et Victor Hugo. Dans le même temps, il rédige la Chronique du règne de Charles Quint (récit romancé du massacre de la Saint Barthélemy). Il publie aussi ses 3 premières nouvelles : l’Enlèvement de la redoute ; Tamango et Mateo Falcone.

• Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848 : règne de Louis Philippe – 1848 = IIe République-), il devient Inspecteur Général des Monuments Historiques. Il est chargé de repérer et de protéger le patrimoine national. Il voyage dans toute la France et à l’étranger. De ses voyages, il rapporte des notes qui serviront de cadre à ses nouvelles : de retour d’une inspection dans la région de Draguignan, il écrit la Vénus d’Ille en 1837. D’un voyage en Corse avec Stendhal, il rapporte un récit de vendetta, Colomba en 1840. Une anecdote sur les gitans andalous lui inspire l’un de ses plus grands succès, Carmen (1845), dont Bizet fera un opéra.

1844 : il est élu à l’Académie Française.

• Fidèle à Napoléon III, il fréquente la cour impériale. Nommé sénateur en 1853, il se détourne de l’écriture romanesque mais se consacre à la traduction d’écrivains russes (Pouchkine ; Gogol et Tourgueniev), qu’il fait connaître en France.

23 septembre 1870 : mort de Mérimée.

II La France au temps de Mérimée

Le mouvement romantique : l’enfance de Mérimée (comme celle de tous les écrivains romantiques) a été bercée par les rêves glorieux de l’épopée napoléonienne, qui s’achève en 1815, avec la défaite de Waterloo.

un sentiment d’amertume et de frustration s’empare de tous ces jeunes gens : l’heure n’est plus aux rêves de gloire mais au retour des valeurs morales d’avant la Révolution. La presse est surveillée et la jeunesse a l’impression d’étouffer.

→ De là naît un sentiment de révolte qui s’exprime par le mouvement romantique : il s’agit alors de bouleverser les règles classiques de la poésie et du théâtre.

Dans le genre romanesque, c’est par le roman historique, le fantastique ou l’exotisme que les écrivains romantiques s’évadent du quotidien.

Le réalisme : Cette révolte prend un tour politique avec la révolution de juillet 1830 qui permet à Louis-Philippe d’Orléans de devenir « roi des Français ». Mais la déception arrive vite car la bourgeoisie « confisque » la révolution et le mouvement romantique s’affaiblit à partir des années 1840. En littérature, les sentiments exaltés font place à la description réaliste de la vie quotidienne. Ex. Balzac, le Père Goriot (1835).

III La figure de Vénus

Mise au point mythologique : Déesse de l’Amour (en grec = Aphrodite)

→ Elle serait née de l’écume de la mer, près de Cythère (cf. tableau de Botticelli, la Naissance de Vénus). Les mythes évoquent plus prosaïquement une union de Zeus et de Dioné.

→ Elle représente la Vierge, même si elle se marie, et l’éternel féminin. Toujours séduisante, elle attire hommes et dieux, se moquant gentiment d’eux.

→ Vénus épouse le plus laid des dieux, Vulcain (dieu du feu, de la forge et du métal), boiteux et hideux, réalisant une union des contraires. Mais elle ne se prive pas de tromper avec impudence son malheureux époux (entre autres Mars, dieu de la guerre)

→ L’Amour, sous la forme d’Eros (enfant ailé et joufflu)  l’accompagne souvent.

Du récit mythologique à la nouvelle

→ Thème de la statue qui s’anime déjà présent dans le mythe grec de Pygmalion que le poète latin Ovide raconte dans le livre X des Métamorphoses. (= sculpteur amoureux de sa création. Vénus entend sa prière et anime la statue).

→ Influence d’Ovide sur Mérimée. Mais différence majeure : dans la nouvelle, le mythe est inversé. La statue représente Vénus mais c’est l’autre aspect de la déesse qui est mis en valeur, non pas celle qui protège les mariages et les amoureux mais celle qui apporte le désordre et le malheur. Ce n’est plus l’amour qui donne vie à la statue mais la jalousie et le désir de se venger.

→ Henri James, auteur américain de la fin du XIXe siècle, reprend, dans le Dernier des Valerii, à la fois le thème de Pygmalion, par le thème de l’homme amoureux d’une statue, et le contexte de la Vénus d’Ille, par la découverte d’une œuvre d’art et sa rivalité avec une femme réelle.

IV La Vénus d’Ille : entrée dans l’œuvre.

Rappel : les personnages

→ Nouvelle concentrée autour de cinq personnages majeurs. Lesquels ?

-          La Vénus : mentionnée dès le titre, c’est autour d’elle seule que gravitent les quatre autres personnages. Cette statue de l’époque romaine a été trouvée dans un champ appartenant à M. de Peyrehorade. D’emblée présentée sous le signe du gel puisqu’on la trouve sous un olivier gelé. A la fin, lorsqu’elle a été transformée en cloche pour l’église d’Ille, les vignes gèlent aussi. De plus, son visage exprime la méchanceté, la cruauté ce qui est plutôt curieux pour une statue de l’époque antique.

-          La narrateur : archéologue, comme Mérimée, il est témoin d’évènements inexplicables. Il réagit en scientifique qui ne croit pas aux phénomènes fantastiques. Pour autant, il ne s’agit pas de Mérimée !!!!!

-          M. de Peyrehorade : provincial érudit et accueillant, il vante sans retenue la beauté de « sa » Vénus. Mais il ne sait pas la regarder : il refuse de voir les multiples coïncidences qui présagent de son côté maléfique.

-          Alphonse de Peyrehorade : le futur mari de Melle de Puygarrig est bien peu amoureux. Le seul attrait qu’il trouve à ce mariage arrangé est la dot de sa future femme. Il ne s’anime que lorsqu’il joue au jeu de paume. Il est la victime de son geste inconsidéré : en passant son anneau nuptial au doigt de la statue, il en a fait symboliquement sa femme.

-          Melle de Puygarrig : Fiancée d’Alphonse de Peyrehorade, elle est sacrifiée à la dure loi des mariages de raison. Unique témoin de la mort d’Alphonse, ses propos ne seront pas pris au sérieux : à cause de son long évanouissement, chacun pense qu’elle a perdu la raison.

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