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01.03.2008

L'Assommoir : le forgeron au travail

Objectifs de la séance : mise en évidence des caractéristiques du bon ouvrier = éloge de la force et de l’homme sain.

Chapitre VI : « C’était le tour de la Gueule d’Or » " « Fifine continuait tranquillement ses révérences de grande dame ».

• Chapitre VI : Gervaise a placé son fils Etienne en apprentissage à l’atelier du forgeron Goujet, dit Gueule d’Or. Celui-ci nourrit pour Gervaise un amour profond et discret. Cette dernière, sous prétexte d’aller voir son fils, passe de temps en temps à la forge ce qui lui permet de voir Goujet sans éveiller les soupçons.

Un jour qu’elle y est, un autre ouvrier, Bec-Salé dit Boit-sans-soif, se permet d’adresser des galanteries à Gervaise. Irrité, Goujet le défie à un concours d’adresse : la fabrication d’une pièce particulièrement difficile à réaliser seul, un boulon de quarante millimètres. Après la prestation inégale de Bec-Salé, qui a forgé son boulon en trente coups, vient le tour de Goujet, armé du plus lourd des deux marteaux, surnommé Fifine.

• Description de l’ouvrier en plein travail : sublimation de ce travail comme preuve d’amour (// chevaliers des chansons de geste qui combattent pour leur dame = mise à l’épreuve).

[ Comment Zola glorifie-t-il ici le travail manuel ? (pourquoi ?)

I Un éloge du travail et de la force

• Cet extrait vise à faire partager au lecteur l’admiration pour le beau travail de la forge.

1°/ Les qualités de l’ouvrier

" Toute la première partie du texte constitue une longue description de Goujet au travail, qui vise constamment à mettre en valeur l’habileté de l’ouvrier. C’est à juste titre que le forgeron a la fierté de son métier.

2°/ L’image de la danse

"La métaphore de la danse du marteau exprime efficacement la beauté et le rythme du mouvement. Le travail de Goujet est comparé à un menuet, danse ancienne au mouvement harmonieux, d’une élégance aussi sobre que raffinée. A l’élégance du jeu de Goujet s’oppose la vulgarité de celui de son rival.

= Le forgeron forme donc un couple avec son marteau.

" Cette métaphore de la danse est rendue possible par une personnification du marteau.

3°/ Eloge de la sobriété

" Lutte des 2 hommes = symbolique sur un autre plan : supériorité de l’ouvrier sobre sur l’ouvrier alcoolique.

II Un héros mythique

• Sous le regard attendri et admiratif de Gervaise, le beau forgeron prend une grandeur surhumaine. = sublimation du personnage.

1°/ L’amour courtois

" Le travail effectué par Goujet est comparable à la prouesse du héros courtois : il est accompli de façon purement gratuite, pour les beaux yeux de la dame. Il va donc lui prouver sa valeur. Goujet aime Gervaise d’un amour désintéressé : il la sait mariée et honnête, et jamais il ne se permet à son égard la moindre tentative de séduction. Ces sentiments rappellent la fin’amor chantée par les troubadours.

" Le défi jeté à Boit-sans-soif est une transposition romanesque du motif aristocratique du combat singulier. C’est bien un duel à armes égales que se livrent les 2 rivaux, dont le prix est l’estime de la dame. Goujet, en réussissant à forger seul son boulon, réalise un équivalent de la prouesse chevaleresque. Il l’accomplit avec aisance, manifestant ainsi une indéniable supériorité sur son rival.

2°/ Une beauté sculpturale

" Le portrait du forgeron au travail met en valeur sa superbe statuaire : importance du lexique de la sculpture. = rappelle les statues de dieux grecs.

[ Zola avoue son modèle esthétique : la statuaire gréco-romaine qui célèbre l’harmonie du corps humain par des représentations parfaitement équilibrées.

3°/ Une divinisation

" La comparaison avec la statuaire antique prépare un autre rapprochement : un héros en Grèce est un demi-dieu. Les légendes grecques chantent les exploits de ces êtres aux pouvoirs merveilleux. Implicitement, le jeune homme est comparé à l’un de ces héros, peut-être à Hercule, célèbre guerrier d’une force surhumaine. Par ailleurs, le métier de Goujet évoque le dieu Vulcain, maître du feu et de la forge dans la mythologie romaine (Héphaïstos en Grèce).

Conclusion : Zola cherche à réhabiliter le travail manuel aux yeux d’un public bourgeois, qui a tendance à le mépriser. C’est pourquoi il met en valeur la noble beauté de l’ouvrier au travail, usant de références littéraires et d’images mythologiques. Celles-ci appartiennent à une tradition culturelle reconnue par l’élite, au temps de Zola. Le romancier réussit ainsi à conférer à ce personnage d’origine populaire des lettres de noblesse.

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