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01.03.2008

L'Assommoir : l'alambic

Objectifs de la séance : étude d’une description naturaliste = mise en évidence de deux spécificités de l’écriture zolienne : la délégation du point de vue à un personnage et la vision épique + réinvestissement des acquis sur le discours indirect libre.

Chapitre II : « Mais ils ne sortirent pas tout de suite » " « inonder le trou immense de Paris ».

• Extrait qui fait suite au précédent (étudié dans le cadre d’une lecture analytique).

" Gervaise et Coupeau sont toujours à l’Assommoir du père Colombe. Au moment de se séparer, l’héroïne va voir l’alambic qui alimente en vitriol tous les ouvriers du quartier.

• L’alambic du père Colombe est donc au centre du passage. Dès la 1ère présentation de l’appareil, qui va jouer un rôle symbolique essentiel dans le roman, on pressent son importance.

• La machine à distiller l’eau-de-vie est envisagée de deux points de vue différents : celui de Gervaise et celui de Mes-Bottes.

I Le regard de Gervaise

1°/ Un regard curieux mais inquiet

" Gervaise animée par un sentiment de curiosité : étonnement devant  un objet qu’elle ne connaît pas et dont elle ignore le fonctionnement, qui semble bien compliqué : image d’un appareil complexe dont le fonctionnement reste mystérieux pour l’héroïne.

2°/ Un alambic menaçant

" L’alambic exerce déjà un pouvoir de fascination sur Gervaise et Coupeau puisque, malgré l’heure tardive, ils s’attardent devant cet étrange appareil. Cet alambic est d’autant plus menaçant que le regard de Gervaise donne l’impression qu’il vit.

[ Cet alambic effraie donc Gervaise. Elle exprime soninquiétude et son malaise face à cette machine un peu plus loin : « C’est bête, ça me fait froid, cette machine… »

II Le regard de Mes-Bottes

1°/Le fantasme d’un ivrogne

" Contrairement à Gervaise, Mes-Bottes, alcoolique notoire, est un familier de l’alambic. Personnification de l’alambic : Mes-Bottes parle de la machine en termes affectueux ; il la voit comme une femme, comme sa maîtresse.

2°/ La verve du langage

= qualité brillante, imagination et fantaisie dans la parole.

" Recherche d’expressivité = trait le plus remarquable de la langue populaire

- utilisation de qualificatifs à valeur dépréciative : donner aux propos force et vigueur.

- utilisation de nombreuses images : valeur hyperbolique et intensive de l’image.  

- présence de jurons et d’interjections familières 

III La vision épique

" A la fin du passage, un troisième point de vue est convoqué mais celui-ci est moins déterminé que les deux précédents : on ne sait pas s’il s’agit d’une rêverie de Gervaise ou d’une intervention de Zola lui-même. Quoiqu’il en soit, l’image de l’alambic présentée ici est encore plus inquiétante, encore plus menaçante.

1°/ Un personnage sinistre

" L’alambic travaille puisqu’il produit de l’alcool : cette idée d’humanisation de la machine est reprise à la fin du texte où est évoquée « sa sueur d’alcool ».

2°/ Une vision fantastique

" La fin du paragraphe s’élargit en une vision immense à caractère fantastique. Progression irrésistible de l’inondation de l’alcool, qui envahit progressivement la capitale.

" Image de la crue d’eau-de-vie = symbolique : alcool = danger redoutable sur le plan individuel d’abord, mais surtout sur le plan social : l’alcool est un fléau qui ravage les milieux populaires parisiens.

[ Vision menaçante qui possède aussi une valeur d’avertissement.

Conclusion : Première rencontre des deux héros avec l’alambic = probablement fortuite. Pourtant, fortement signifiante " malgré leur refus de boire, les deux héros vont succomber aux maléfices de l’alambic.

Au chapitre X, c’est exactement à cet endroit que Gervaise va succomber à la tentation de l’alcool : l’alambic sera cette fois un objet de désir. Le parallélisme des 2 scènes souligne la déchéance de l’héroïne : « Mais ça n’empêchait pas, elle aurait voulu mettre son nez là-dedans, renifler l’odeur, goûter à la cochonnerie, quand même sa langue brûlée aurait dû en peler du coup comme une orange » (p.406).

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