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29.02.2008

Diderot, Jacques le Fataliste

Incipit Jacques le Fataliste.doc

Objectifs de la séance : étude d’une œuvre romanesque originale, où l’auteur-narrateur s’adresse directement et régulièrement à son lecteur.

® Dans quel but l’auteur s’adresse-t-il à son lecteur ?

= étude d’un dialogue imaginaire : interaction entre les deux instances ; mise en évidence d’un phénomène de construction / déconstruction.

· Présentation de l’œuvre : Jacques le Fataliste  = roman de Denis Diderot, écrit entre 1765 et 1773.

® Difficultés pour résumer l’œuvre < alternance relation des aventures des deux voyageurs / récit rétrospectif des amours de Jacques + sur ce tronc central viennent se greffer d’autres histoires, s’emboîtant un peu à la manière des poupées russes.

Résumé : Jacques chemine en compagnie de son maître, aristocrate oisif qui aime à écouter, pour se désennuyer, les histoires de son valet bavard et philosophe, pour lequel « tout ce qui nous arrive de bien ou de mal ici bas était écrit là-haut". Tandis que Jacques raconte, à l’appui de sa théorie, comment un enchaînement fatal de circonstances l’a rendu amoureux et boiteux, les deux hommes vont d’aventures en aventures.

· De quoi s’agit-il ?

= extrait d’un roman, Jacques le Fataliste. Premières lignes ® incipit.

Rappels : · Incipit < latin « ça commence » = premières lignes d’un récit qui en constituent l’ouverture. Rôle essentiel = faire entrer le lecteur dans l’histoire sans que, pour autant, celle-ci commence à ce moment-là. Comme au théâtre, elle peut en effet être saisie à un moment particulier d’un déroulement déjà commencé. = in medias res [< latin : « au milieu des choses »]. 

· En général, le début d’un roman apporte des réponses aux questions implicites du lecteur : Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Pourquoi ?

+ donne des précisions sur les lieux, le moment, le ou les personnages et les raisons de leur présence.

L’incipit = rencontre lecteur / narrateur, rencontre importante qui fait comprendre les rôles de chacun.

· Mais l’incipit laisse aussi de larges zones d’inconnu, qui peuvent inciter le lecteur à poursuivre la lecture. Chacun anticipe alors sur la suite en se créant un horizon d’attente.

· Que nous apprend cet incipit ? Répond-il aux questions qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Pourquoi ? ® « le maître » + « Jacques » (l.3) mais désignés par « ils » (l.1). 3 questions qui restent sans réponse :

-          Comment ? ® « Par hasard, comme tout le monde » (l.1)

-          Qui ? ® « Que vous importe ? » (l.2)

-          D’où ? ® « Du lieu le plus prochain » (l.2)

-          Où ? ®      «  Est-ce que l’on sait où l’on va ? » (l.3).

Þ De prime abord, pas d’informations ; pas de cadre spatio-temporel. L’identité des personnages reste volontairement floue.

Þ En quoi cet incipit s’écarte-t-il du code « traditionnel » de l’incipit romanesque ?

I Une entrée en matière originale

1°/ Une attente déçue

" Présentation des personnages incomplète, trop succincte + imprécision du cadre spatio-temporel.

2°/ Une forme originale

" Extrait qui fait alterner le récit et un dialogue entre le narrateur et un lecteur imaginaire.

= Rupture de l’illusion romanesque : les procédés de construction sont ainsi dévoilés.

II La place du lecteur

1°/ La prise à partie du lecteur

= Rupture de l’illusion romanesque + commentaires sur l’écriture.

" Relation d’autorité entre le narrateur et le lecteur : le narrateur élude les questions du lecteur et ne donne que les éléments qu’il veut bien nous donner. Mais en même temps, relation de complicité.

" Image du lecteur construite par le narrateur : exigeant, impatient, curieux.

2°/ La liberté du narrateur

" Le narrateur affirme sa toute puissance et revendique sa liberté de création.

Conclusion :

· Diderot nous oblige à nous interroger sur les conventions du roman.

· Incipit qui répond, contre toute attente et d’une manière très moderne, à la question « Comment ne pas faire un roman ? »

® Plus qu’un roman = antiroman : remise en question des formes romanesques à la mode dans les années 1760.

-          antiroman d’amour : Jacques le Fataliste se joue des contes amoureux dont on gave depuis toujours un lecteur crédule ;

-          antiroman d’aventures : < parodie des situations incroyables des récits picaresques ;

-          antiroman historique : pas de précision chronologique.

Le roman se construit en même temps qu’il se déconstruit

 

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